"J'ai monté ce spectacle pour un public comme celui d'ici", se réjouissait mardi soir, à l'issue de la représentation au Théâtre de l'Agora Scène Nationale, l'auteure,
qui avait été agressée en janvier dernier alors qu'elle se rendait à la Maison des Métallos (Paris XIe) pour jouer cette même pièce.
Tignasse rousse, babouches pourpres, et large sourire, elle poursuit: "j'ai envie de leur dire: +toi, l'homme, tu es exactement comme la femme, et toi la femme, prends ce droit, si on ne te le donne pas+".
Elle tire sur sa cigarette et lâche: "la religion, c'est une connerie".
Exilée en France depuis dix ans, la dramaturge se souvient de "l'Europe de la liberté" qu'elle imaginait alors. Pourtant, aujourd'hui, elle "rencontre beaucoup de jeunes filles et (se) rend compte qu'(elle est) beaucoup plus moderne qu'elles".
Elle évoque la montée de la religion: "la seconde génération, ils sont perdus, rejetés partout. En Algérie, ils sont immigrés, et en France on leur dit +t'es qu'un Arabe+. Ils vont vers le spirituel, où des gens leur ouvrent les bras. C'est un recul terrible".
Se remémorant sa propre adolescence, de l'autre côté de la Méditerranée, elle dénonce encore: "ce qui me fait le plus mal, ce sont les femmes voilées. Mes parents m'avaient interdit le voile, mais ma petite soeur, à quelques années d'écart, était obligée de le porter".
Avant de jouer, l'artiste a rencontré des collégiens et lycéens d'Evry : "ils posaient des questions un peu terre à terre, mais on sentait une soif de savoir".
"J'étais un peu crue avec eux", s'amuse-t-elle, avant de raconter que l'un des élèves ne trouvait "pas bien" qu'une fille ait des relations sexuelles avant le mariage: "je lui ai répondu +et toi?+, et il m'a dit +ben non, moi je suis un garçon, ça se voit pas+".
Des lycéens et collégiens avaient pris place dans la salle, ainsi que des responsables d'associations d'aide aux femmes.
Sihem Habchi, présidente de Ni putes ni soumises, assistait au spectacle pour la seconde fois: "à Evry, (la pièce) prend tout son sens. Nos quartiers populaires ont besoin de création, d'oxygène. Il faut prendre le risque de proposer des pièces qui permettent d'aborder ces questions".
Fabian Chappuis, metteur en scène, note qu'"en tant qu'homme, on connaît ces histoires, mais on ne les vit pas. Ce regard (masculin) permet de trouver la distance".
"Prendre du recul pour aller vers l'universel", ajoute Rayhana.
"A mon âge je me cache encore pour fumer" sera de nouveau joué à la Maison des Métallos en janvier 2011. Le rêve de Rayhana: jouer la pièce en Algérie, au Maroc, en Tunisie.






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